Mouled 2017: doit-on se méfier du « zgougou » contaminé à l’Aflatoxine B1?

Crédits photo: Anis KALAI – © Copyright mangeonsbien.com


À l’approche du Mouled (la commémoration de la naissance du prophète de l’islam, Mohamed-ndlr), l’Organisation Tunisienne pour Informer le Consommateur (O.T.I.C.) a tiré, le lundi 06 novembre 2017, la sonnette d’alarme en appelant dans un communiqué au boycott du « zgougou » (pignons de pin d’Alep) car, selon elle, outre sa cherté, une grande partie disponible sur le marché serait contaminée à l’Aflatoxine B1 (une mycotoxine produite par deux espèces d’Aspergillus, un champignon que l’on trouve surtout dans les régions chaudes et humides-ndlr).

 

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Le communiqué de l’Organisation Tunisienne pour Informer le Consommateur (O.T.I.C.)

 

Vu que les aflatoxines sont reconnues pour des propriétés génotoxiques et carcinogènes, parmi les plus puissantes, leur exposition à travers les aliments doit rester la plus faible possible.

« Il est nécessaire de multiplier les contrôles au niveau des cercles de conditionnement, de transport et de distribution, puisque l’année dernière une grande quantité de pignons de pin d’Alep (« zgougou ») n’a pas été vendue. Cette dernière risque d’être contaminée à l’Aflatoxine, cancérigène à long terme. », lit-on dans le communiqué de l’O.T.I.C.

 

« Zgougou », « droô », lait & autres denrées

De nombreux produits alimentaires destinés à la consommation humaine ou animale peuvent contenir des aflatoxines car les Aspergillus producteurs sont des contaminants fréquents de nombreux substrats:

  • Grains céréaliers : maïs, riz, sorgho (droô), etc.
  • Graines oléagineuses : arachide (cacahuètes), tournesol, « zgougou » (pignons de pin d’Alep), etc.
  • Épices : paprika, « tabel » (mélange de 4 épices), curry et gingembre.
  • Fruits à coque : amande, noix, pistache, etc.
  • Autres denrées: figues, dattes, cacao, café, manioc, etc.
  • Lait provenant d’animaux nourris avec du grain contaminé par les aflatoxines.

 

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Le sorgho, dit « droô » en tunisien est également une denrée à risque (Crédits photo: Anis KALAI – © Copyright mangeonsbien.com)

 

Dans la nature, 4 types d’aflatoxines sont produites:

  • Aflatoxine B1: produite à la fois par l’Aspergillus flavus et l’Aspergillus parasiticus, elle est la plus fréquente dans les aliments et la plus toxique. D’ailleurs, cette mycotoxine est classée, depuis 1987, dans le groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (C.I.R.C.) car elle peut induire l’apparition d’hépatocarcinomes.
  • Aflatoxine B2
  • Aflatoxine G1: elle est répertoriée dans le groupe 3 (inclassable quant à sa cancérogénécité pour l’Homme) par le C.I.R.C. en 1993.
  • Aflatoxine G2 

En revanche, dans le lait provenant d’animaux ayant reçu des aliments contaminés par l’aflatoxine B1, on peut déceler l’aflatoxine M1 qui est un métabolite important de la mycotoxine chez l’homme et l’animal. Et d’après le Portail francophone d’information de référence sur les risques de cancer en lien avec des expositions environnementales, l’aflatoxine M1 a été classée dans le groupe 2B (cancérigène possible pour l’Homme).
 

 Cancer du foie

Consommée régulièrement, l’Aflatoxine B1 crée des lésions au niveau du foie qui évoluent en cirrhose, selon des études épidémiologiques, réalisées à l’échelle mondiale par le Centre international de recherche sur le cancer (C.I.R.C., voir le document ci-dessous).

« Lorsque l’exposition à l’Aflatoxine  se conjuge à l’infection chronique par le virus de l’hépatite B (V.H.B.), le risque de cancer du foie est jusqu’à 30 fois plus élevé qu’en cas d’exposition à l’Aflatoxine seule. », souligne le Portail francophone d’information de référence sur les risques de cancer en lien avec des expositions environnementales.

 

 

D’ailleurs, une étude réalisée par l’European Food Safety Authority (E.F.S.A.) en 2013 a permis d’établir un lien entre le niveau d’exposition à l’Aflatoxine B1 et la fréquence des mutations somatiques associées à l’hépatocarcinome (H.C.C.) qui n’affecte que les cellules hépatiques.

Cancer des voies respiratoires

Parallèlement, à l’image des cellules hépatiques, ceux du système respiratoire sont, également, capables de transformer l’Aflatoxine B1 en différents métabolites.

« Des études de toxicité réalisées chez des animaux exposés aux aflatoxines par voie respiratoire rapportent des lésions et des cancers des voies respiratoires et du foie ainsi que des altérations du système immunitaire (Sabourin et al 2006). Ceci pose la question de l’éventuelle exposition à ce composé par d’autres voies que la voie alimentaire. Ainsi, des études ont permis de mettre en relation des expositions aux aflatoxines en milieu professionnel (secteurs agricoles et agroalimentaire) et l’apparition d’atteintes des voies respiratoires qui peuvent évoluer vers des cancers (trachée, bronches, poumons) (Chen, 2014). », conclut le Portail francophone d’information de référence sur les risques de cancer en lien avec des expositions environnementales.


 

2 Commentaires sur “Mouled 2017: doit-on se méfier du « zgougou » contaminé à l’Aflatoxine B1?

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