Au pied du mont Semmama, l’autonomisation des femmes passe par la « Oula »

Crédit photo: © Ali Hlely


Lutter contre l’exclusion sociale par la culture? Redonner espoir à des laissés-pour-compte de tout un système? Autonomiser des femmes montagnardes en mettant en exergue les traditions culinaires de la région? Telles sont les défis d’Adnen Helali, professeur de français. Homme de culture et passionné de théâtre et de musique comme en témoigne sa passion pour Jaques Brel, cet enfant du bled a choisi le chemin le plus difficile, celui de la culture, pour lutter contre le désarroi de la jeunesse et la lassitude des femmes sous le chapiteau du centre culturel des arts et des métiers du mont Semmama dans le gouvernorat de Kasserine.

 

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Le centre culturel des arts et des métiers du mont Semmama dans le gouvernorat de Kasserine (Crédit photo: © Fondation Rambourg Tunisie)

 

Situé à une vingtaine de kilomètres de Sbeïtla, à Fidh El Methnène, au bout d’une piste pierreuse bordée de cactus, un « houch » (une maison traditionnelle retapée) abrite cet écrin inauguré le 18 octobre 2018 et financé par la Fondation Rambourg Tunisie où ateliers de musique, de peinture, de théâtre, de slam, de breakdance ou de cirque contribuent à l’éveil personnel des jeunes des villages environnants.

 

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Une école de breakdance prend racine dans le centre (Crédit photo: Nicolas Fauqué – © L’Équipe)

 

Mais dans cette « caserne de résistance culturelle », il n’y a pas que la jeunesse qui jouissent de la magie des expressions culturelles, même la femme trouve son compte.

En effet, à l’initiative de son directeur Adnen Helali, le Centre vient de lancer le label « Les produits de Semmama » pour faciliter l’empowerment de la gent féminine en mettant en relief les produits du terroir et le patrimoine gastronomique de cette région montagneuse.

 

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Une femme de Semmama en train de préparer la « Oula » du couscous de blé (Crédit photo: © Ali Hlely)

 

Ainsi le Centre veut faire d’une pierre deux coups: créer des postes de travail pour les femmes locales (loin des zones de risque, là où il y a les mines et les menaces jihadistes) et surtout assurer son autofinancement à travers cette initiative.

« Le programme « Produits de Semmama » a pour ambition d’offrir des postes de travail pérennes pour une femme militante qui refuse l’exode er s’attache à sa colline. », souligne Adnen Helali, directeur du Centre.

 

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Adnen Helali, le directeur du centre (Crédit photo: © Centre des arts et des métiers du mont Semmama)

 

Actuellement, six femmes ont rejoint cette expérience, mais « ce n’est qu’un commencement », précise le directeur du centre culturel des arts et des métiers du mont Semmama.

« Selon les commandes (promesses), on ambitionne de recruter vingt autres femmes. Ceci dépendra du succès des « Produits de Semmama » auprès du consommateur. Tout d’abord, on a commencé par les produits de la « Oula » (préparation des denrées annuelles) tant que c’est la saison de la moisson. », ajoute-t-il.

Ainsi, pour les produits de la « Oula », le couscous de blé, le « mhammas », le « berkoukech » et le couscous d’orge, dit « boudchich » seront au rendez-vous.

 

 

En revanche, pour les produits du terroir, la « bsissa » (avec parfum de romarin et d’autres plantes de djebel), le miel de romarin, la « chrihet el-Hindi » (figues de barbarie séchées: un produit qui n’existe plus sur le marché-Ndlr) et le « robb el-Hindi » (mélasse de figue de barbarie) figurent dans les cahiers d’Adnen.

« Pour le moment, nous sommes dans une phase expérimentale. Nous avons fixé un rendez-vous avec la Poste pour étudier les différentes modalités de livraisons. Sinon, actuellement, on se concentre sur les produits de la « Oula » dans tous ses aspects afin de garantir un produit artisanal unique et authentique. », fait savoir Adnen.

 

 

« D’ailleurs, quelques ambassades et diplomates nous ont donné la promesse d’apporter leur soutien aux « Produits de Semmama ». Parallèlement, on va créer une page Facebook et un site web pour faciliter la commercialisation de nos produits voire même mettre en place ultérieurement un point de vente à Tunis. », renchérit-il.

Enfin, outre le label « Produits de Semmama », Adnen Helali nous a confié que l’idée d’un « Brunch » ou d’un « Buffet Semmama » (plats de roquette, des mets locaux, du fromage de chèvre, etc.) est en phase d’étude.

Ça promet !


 

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