Crédit : © Ahlan Luxury Gourmet
Pline l’Ancien, célèbre naturaliste romain parlait il y’a 2000 ANS dans ses œuvres de la Tunisie devenue province romaine sous le nom d’Africa Vetus, en l’an 146 av JC suite à la dernière guerre punique et la chute de Carthage.
Voici ses mots lumineux, éclairants et inoubliables dits au seuil de l’oasis de Gabès, l’antique Tacapes.
« Là, sous un palmier très élevé croît un olivier Et sous l’olivier, un figuier Et sous le figuier, un grenadier Sous ce dernier, la vigne Sous la vigne, on sème du froment puis des légumes, tous dans la même année, tous s’élevant à l’ombre les uns des autres ».
La datte « Medjool » désormais célèbre, est au départ cultivée, commercialisée et promue à travers le monde par les producteurs et exportateurs de la Californie depuis peu avant seconde guerre mondiale.

Ce qui est plus étonnant et même surprenant c’est que ce golden state américain plus connu pour son industrie cinématographique à Hollywood, sa Silicon Valley et son industrie spatiale n’a introduit la culture du palmier dattier qu’au début du 20ème siècle.
Beaucoup veulent s’approprier l’origine de cette épopée californienne en se l’attribuant tantôt en l’Arabie Saoudite, d’autres en Iran, en Irak, en Jordanie ou en Egypte.
Un espèce de différent voir une controverse refait surface de temps à autre quant à l’origine de cette variété. L’une d’entre-elle argue qu’elle provient du Maroc, et précisément de la zone de Boudhnib au sud-ouest marocain dans la province d’Errachidia et clame qu’elle fût importée en Californie en 1927 par un américain venu au royaume chérifien à la recherche de souches de palmiers dattiers pour les planter dans le désert américain sans toutefois apporter des preuves convaincantes ni scientifiques et encore moins de témoignage historiques.
Pour ma part j’ai pu avoir une version et un témoignage tunisien de l’historique de la datte « Medjool », début des années quatre-vingt-dix et je m’en vais vous la raconter.
Tout a commencé pendant la première guerre mondiale lorsqu’ un officier des Marines américains originaire de Californie, venu combattre sur le front occidental dans les tranchées de la somme et de la Marne arrive en Tunisie pour une période de convalescence suite à des blessures subies dans les combats contre l’armée allemande.

D’après Monsieur Abdelkader Ben Naceur (Allah Yarhmou, paix à son âme), vieil agriculteur de l’oasis de Nefta, dans le sud-est tunisien dont le père a été un témoin direct de cette histoire, , c’est en 1917 que cet officier des Marines US arrivé en Tunisie entreprît un voyage à travers le désert du sud tunisien pour découvrir les oasis et leurs dattes qu’ il a eu l’occasion de déguster peu avant en France. Arrivé dans la région du Djérid, il a visité Tozeur, Nefta, Deguech, El Hamma, Hezoua, Midès, Tamerza (Tameghza) où il fût charmé par la richesse de ces îlots de verdure au cœur du désert et le nombre absolument inattendu des variétés de dattes qui y sont cultivées ainsi que les techniques ancestrales de culture, d’entretien et de récolte !
C’est donc là que s’est forgé son projet de collecter un certain nombre de palmiers dattiers en ayant la conviction qu’ils peuvent trouver un essor semblable dans le désert californien. Après une observation attentive pour connaître les différentes variétés, leur goût, la texture, la taille, la couleur, l’aspect visuel, le rendement et la conservation car comme nous le savons il y’a des dattes qui ne se conservent pas longtemps et sont consommées fraîches (Bserr ou Nemsia), ou en début ou totale de maturité (R’tob) et d’autres se conservent longtemps après maturité complète !
Suite à ça, il a observé le travail extrêmement complexe que requiert le palmier dattier, taille élagage des palmes sèches, irrigation, pollinisation (le seul arbre qui doit-être pollinisé d’une manière 100% manuelle, non par les abeilles ou le vent comme le reste des arbres fruitiers) et les technique de cueillette, du tri et de la conservation etc.
Finalement il arrêtât son choix sur une quinzaine de variétés de palmiers dattiers (parmi plusieurs dizaines que compte les oasis tunisiennes, et sélectionnât soigneusement 300 arbustes ou ramifications (Fassila فسيلة).
Cependant la gageur la plus etonnante dans la démarche de l’officier californien, c’est qu’il a réussi à convaincre un jeune métayer (Khammès خمّاس) qui s’appelait Baccouche Ben Lajnef (البكّوش بن الأجنف), toujours d’après Si Abdelkader Ben Naceur qui a bien connu ses proches, de l’accompagner pour veiller au soins pendant le voyage en bateau via Marseille, de la transplantation une fois arrivé, et transmettre son savoir faire pour l’entretien et le développement des arbustes jusqu’à leur entrée en production qui généralement commence à partir de la 7ème année et peut durer de 70 à 150 pour certaines variétés.
Sur la quinzaine de variétés et les 300 plants collectées, c’est la variété du nom de Khalt Mejhoul (خلط مجهول) qui signifie littéralement (hybride inconnue) commodément rebaptisée « Medjool Dates », qui a le mieux réussi et s’est le mieux adaptée au sol et au climat californien. Elle fût donc multipliée et développée et a trouvé un essor et un succès qui se poursuit jusqu’à nos jours quoique la production même au niveau mondial reste petite comparée aux autres variétés commercialisées dans la planète. Les techniques de transformation et de conditionnement ont été développées en Californie la variété « Medjool » car contrairement à la Deglet Nour ou d’autres variétés qui se consomment naturelles, la « Medjool » n’est bonne à manger qu’après transformation comme les pruneaux (c’est long à expliquer).

Pour conclure, et suggérer une perspective à la dispute pour s’accaparer l’origine de la « Medjool Dates », hormis la confrontation des histoires voir des légendes, la recherche agronomique et génétique désormais très avancée peut trancher facilement la question, mais c’est une autre histoire! Il y a longtemps j’avais des projets, des idées et des rêves plein la tête concernant les dattes en Tunisie y compris pour la variété Mejhoul restée comme dans le temps de Pline l’ancien il y a deux mille ans, , mais j’étais tel un martien qui débarquait sur terre et suscitait ironie, dérision voir affront , que voulez-vous, c’est la Tunisie dans toute ses contradictions et le célèbre adage veut toujours que « Nul n’est prophète en son pays ».


