France : l’huile d’olive tunisienne tombe en disgrâce… et perd son « extra » !

Photo: Shutterstock et Terra Delyssa


Alors que la Tunisie vient de rafler 21 médailles (12 en or et 9 en argent) — contre 17 distinctions en 2019 — au concours international de l’huile d’olive de New York « NYIOOC 2020 » et 4 médailles (1 en argent, 1 en bronze et 2 « Gourmet ») au concours de l’Agence pour la Valorisation des Produits Agricoles (AVPA 2020), à Paris, le numéro de mai-juin 2020 du très sérieux  magazine 60 Millions de consommateurs vient de publier une enquête (cliquez-ici)  — pilotée par Patricia Chairopoulos (journaliste) et Antoine Haentjens (ingénieur) — pointant du doigt la qualité de l’or vert tunisien.

 

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Le numéro de mai-juin 2020 du magazine 60 Millions de consommateurs

 

Présence de « phtalate de dibutyle » (DBP) 

Si le magazine 60 Millions de consommateurs a souligné la présence de « contaminants dans certaines marques », les tests ont révélé la présence d’un plastifiant (phtalate de dibutyle (DBP), classé perturbateur endocrinien par l’Agence européenne des produits chimiques-NDLR) dans 3 huiles d’olive d’origine tunisienne — « Terra Delyssa » (1 médaille d’argent au concours NYIOOC 2020)« La Vie Claire » et « Bio Village » sur 15 marques analysées par un centre d’essais comparatifs*.

L’origine de ce plastifiant serait probablement les « cuves ou de tuyaux en PVC, utilisés lors du stockage ou de transport de ces huiles ». Or, « la règlementation interdit l’utilisation de matériaux contenant ce phtalate pour les denrées grasses comme l’huile. », précise le magazine.

« Pour rappel, nous avions déjà épinglé deux de ces marques (Terra Delyssa et Bio Village) pour le même motif (cf notre hors-série numéro 199, « Le Meilleur du bio », juillet 2019) ; Nous regrettons qu’elles n’aient pas réussi à supprimer la présence de ce plastifiant dans leur produit. », rappelle 60 Millions de consommateurs.

 

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Les huiles d’olive les mieux classées par ces tests réalisés réalisés par un centre d’essais comparatifs. (Source: Le numéro de mai-juin 2020 du magazine 60 Millions de consommateurs)

 

Parallèlement, « au moins deux solvants ont été retrouvés » dans les 15 références de ce panel, à l’exception de l’huile d’olive d’origine tunisienne « La Vie Claire » qui obtient un (++), « très bon » (une note de 17 à 20), contre un (+)« acceptable » — pour « Terra Delyssa » (une note de 10 à 12,5) et un (++) « bon » — pour « Bio Village » (une note de 13 à 16.5).

 

« D’où viennent-ils dans une huile extraite par simple pression à froid et donc sans solvant? À priori des vapeurs de gasoil émises par les véhicules et machines utilisés à différentes étapes de la fabrication (récolte, transport des olives dans les salles de stockage, pressage, etc.). Une autre explication serait la dégradation de certains composés intrinsèques à l’olive. Quoi qu’il en soit, ces résidus de solvants  en très faibles teneurs et présents dans la totalité des huiles testées — n’ont probablement pas une origine frauduleuse. », avance le magazine.

 

2 huiles « rances » et 1 « lampante »: non conformes à la mention « vierge extra » !

Pour ce qui est de l’évaluation sensorielle, qui dit huile d’olive vierge extra, dit une huile ayant du fruité, de l’amertume et du piquant. Malheureusement, l’enquête a décelé « beaucoup de défauts », essentiellement dans les marques « Bio Village » et « Terra Delyssa » : l’amertume et le piquant (deux critères typiques d’une huile jeune) n’étaient pas au rendez-vous !

 

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Les huiles d’olive d’origine tunisienne — « Terra Delyssa » (vierge), « La Vie Claire » (vierge) et « Bio Village » (lampante) —  ont été déclassées, car non conformes à la mention « vierge extra ». (Source: Le numéro de mai-juin 2020 du magazine 60 Millions de consommateurs)

 

Pis encore, outre l’huile de la marque « Puget bio » (UE/non UE)le jury de 60 Millions de consommateurs a déclaré les huiles d’origine tunisienne « Terra Delyssa »« Bio Village » et « La Vie Claire » comme « rances ».

« Ce défaut est particulièrement prononcé pour la Bio Village. On le retrouve souvent avec des huiles « avancées », proches de la date de durabilité minimale (DDM) ; toutefois, nos analyses ont été réalisées en décembre, soit plusieurs mois avant cette date… », précise l’enquête.

En effet, toute « EVOO » (Extra Virgin Olive Oil) doit être exempte de défaut gustatif (« chômé » évoquant la fermentation, moisi, vinaigré, rance…), selon le cahier des charges de l’huile d’olive vierge extra, elle doit être exempte de défaut gustatif (« chômé » évoquant la fermentation, moisi, vinaigré, rance…).

Et vu que le rancissement entraîne systématiquement un déclassement: quatre huiles — dont 2 d’origine tunisienne (« Terra Delyssa » et « La Vie Claire ») sont passées de « vierge extra » à « vierge ».

En revanche, l’huile d’olive (d’origine tunisienne) « Bio Village » a été déclassée en « lampante »: c’est-à-dire dit « impropre à la consommation à cause de défauts organoleptiques marqués ».

Il est à signaler que sur les trois huiles d’olive d’origine tunisienne testées dans ce panel,« Terra Delyssa » (66% d’acide oléique de type mono-insaturé contre 72,2% en moyenne, selon ces mêmes analyses) est la seule marque « 100% Made in Tunisia » alors que les deux autres « La Vie Claire » et « Bio Village » sont françaises (huiles d’olive vendues en vrac par des oléiculteurs tunisiens -NDLR).

 

Que dit « Terra Delyssa »… ?

Devant une telle réalité, Mangeons bien a pris contact avec le service de marketing du GROUPE CHO propriétaire de la marque internationale « Terra Delyssa », dont la responsable Mme Selima Ben Jemia nous a communiqué le message suivant:

« Nous avons bien pris connaissance de vos interrogations. Cependant, une procédure étant en cours, nous ne sommes pas autorisés à commenter l’article dont vous faites mention. Nous pouvons d’ores et déjà vous assurer que nos produits sont conformes aux normes établies par le Conseil Oléicole International, le règlement CEE2568/91 et le règlement CE2015/1830. »

 


*Comment le magazine 60 Millions de consommateurs a procédé ?

  • « Au total 15 huiles d’olive (3 d’origine tunisienne), 10 de tournesol, 8 « combinées » ont été soumises à une série d’analyses dans un centre d’essais comparatifs.
  • Profil des acides gras (saturés, mono et polyinsaturés, trans): obtenu par chromatographie en phase gazeuse, pour identifier l’huile et vérifier sa conformité. Les stérols sont identifiés par chromatographie en phase gaz-liquide.
  • Analyses physiques: l’acidité oléique, obtenue par simple titrage, reflète l’état de dégradation de l’huile ; l’indice de peroxyde, mesuré par dosage potentiométrique en point final, indique son degré d’oxydation. Faite en complément, sur les huiles d’olive, la mesure des aborbances via spectrophotométrie dans l’UV.
  • Mesure de la vitamine E: par HLPC pour les huiles de tournesol.
  • Recherche de contaminants: solvants et plastifiants sur toutes les huiles, détectés et quantifiés par chromatographie en phase gazeuse ou liquide, couplée à la spectrométrie de masse.
  • Des mesures organoleptiques ont été menées sur les seules huiles d’olive afin de valider leur profil « vierge extra » (fruité, absence de défaut, etc.). » (Source: le magazine 60 Millions de consommateurs)

 

9 Commentaires sur “France : l’huile d’olive tunisienne tombe en disgrâce… et perd son « extra » !

  1. Abassi Sayed says:

    Le problème de la phthalate a été posé auparavant, on a incriminé les sacs en plastique de transport des olives pratiques par les agriculteurs mais maintenant on implique plutôt les bacs et tankers de stockage ou de transport d’huile.
    On comprend plus rien à partir du moment où le contrôle de l’état est quadiment absent sur toute les étapes de ceuillete de trituration et de stockage

  2. Lamouri says:

    Pour que cette étude ne soit pas considérée comme dirigée contre une marque ou une origine particulière il vaut mieux étendre l’échantillon pour inclure d’autres marques et d’autres origines

  3. BELGAIED says:

    L’étude semble concentrée sur deux marques Tunisiennes (qui ne sont pas représentatives de l’huile d’olive Tunisiennes). 3/15 = 0.2; est-ce que l’huile d’olive Tunisienne représente 20% de la consommation de l’huile d’olive en France? Est-ce que ces deux marques représentent 20% de la consommation d’huile d’olive en France? Pourquoi analyser cette huile en particulier deux années de suite, aurait-il été plus intéressant de sélectionner d’autres marques (et elle sont nombreuses)??
    C’est exactement la même logique qu’il y a derrière l’affirmation « Les Fraises ou les tomates françaises » sont très bonnes et il suffit de traverser la frontière pour qu’elle deviennent horribles!!!

  4. Oueslati says:

    et comme par hasard notre l huile se trouve contaminé qu on france ( le reste de monde nos distribués des médaille). y a un paradoxe la non? en faite les européens pratique une politique protoctoral 😉 sa les arrange pas de l huile conditionnées dans des bouteilles il cherche a le prendre en vrac , plus facile a le mélangé a des autres huile de qualité moins inferieur et commercialisé sous leur propre marque ( des belle bouteilles made in france , italie…). grosso modo c une politique complotiste contre un produit concurrent reconnu mondial

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