« Mititei »: le péché mignon de ‘Vlad Țepeș’, le comte Dracula

Crédits photo: DC Holy Cross ROFest – Twitter


Qui ne connait pas les « mititei », appelés également « mici », n’a jamais été en Roumanie !

Ce pays d’Europe centrale, en même temps si éloigné et différent du notre, mais si proche et semblable aussi. D’abord historiquement, comme Carthage puis Tunis, l’antique Dacia n’a t’elle pas connue aussi l’occupation d’abord romaine, puis ottomane.

De plus, l’actuelle Roumanie qui vient de célébrer sa fête nationale le 1er décembre, fait partie des pays francophones. La langue roumaine (et non romaine) est dans les 50 à 60% d’origine latine. Aussi, les Roumains seront toujours contents de nous montrer qu’ils savent parler le Français en roulant les « r » comme la plupart des tunisiens.

Sur la plan bioclimatique, la Roumanie possède comme la Tunisie des zones très contrastées, entre les montagnes de Transylvanie où est née la légende du prince ‘Vlad Țepeș’, qui fut repris par Bram Stoker pour nommer le personnage littéraire du comte vampire Dracula, le Danube zone sauvage et marécageuse, la mer noir et la cité balnéaire de Constanța, située juste en face de la Turquie… Ces contrastes ont des répercussions sur la richesse des terroirs et de la gastronomie roumaine.

 

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Le prince Vlad Țepeș, alias comte Dracula – Crédits photo (creative commons)

 

Mais ce qui nous rapproche le plus avec la Roumanie ce sont les échanges culturels et la coopération technique, qui perdurent depuis les années 60, au point que des dizaines de milliers de jeunes tunisiens ont fait leurs études en Roumanie, plusieurs d’entre eux se sont même mariés à des roumaines qui depuis vivent en Tunisie, dont une qui était ma camarade de Faculté vit au sud tunisien et a adopté le langage et même la « mélia » !

Dans l’autre sens, plusieurs roumains notamment ingénieurs et entrepreneurs vivent en Tunisie. Ne parlons pas des touristes qui adorent visiter notre pays, surtout le Sahara où j’ai personnellement conduit plusieurs groupes avec lesquels je garde le contact jusqu’à aujourd’hui. C’est ce qui m’a permis d’entretenir la maîtrise de la langue.

 

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Son Excellence Monsieur Dr. Dan Stoenescu l’ambassadeur de Roumanie en pleine préparation des « metitei »(Crédits photo: Foued FRINI – © Copyright mangeonsbien.com)

 

C’est à ce titre justement d’ex-étudiant en Roumanie, que j’ai été sollicité par son Excellence Dr. Dan Stoenescu, pour réaliser un des plats les plus emblématiques de la cuisine populaire Roumaine, les « mititei » (ou « mici »), qui veut dire petits.

 

 

Cerise sur le gâteau, son Excellence avec quelques membres du personnel de l’ambassade, notamment Monsieur Alin Stoinescu, m’ont assisté dans l’énorme tâche de préparer les « mititei » pour les 300 personnes invitées au Consulat de Roumanie. Et inutile de vous préciser que les invitations ont été lancées par son Excellence pour tous les ex et actuels étudiants en Roumanie, pour célébrer avec nos amis roumains leur fête.

 

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Son Excellence Dr. Dan Stoenescu avec un couple de musiciens roumains de l’orchestre symphonique de chambre de Sfax dans la résidence de l’ambassadeur. (Crédits photo: Foued FRINI – © Copyright mangeonsbien.com)

 

Bref, le jour J tout était près, et les « mititiei » ont été dégustés par tous, dans leurs deux versions « halel » (à base de viande de boeuf et d’agneau), ou pas (viande de boeuf et de porc) accompagnés comme dans la pure tradition roumaine avec juste du pain, de la moutarde et de la bière.

En fait, comme pour la plupart des plats mythiques, selon l’ouvrage « Dictatura gastronomică » du journaliste Constantin Bacalbașaque, les « mititei » sont nés par accident, un soir dans une auberge dans le vieux Bucarest, tenue par un transylvanien, réputée pour ses saucisses. Voulant griller des saucisses, et n’ayant plus de boyaux, le cuisinier roula la viande assaisonnée et la grilla. Le succès fut fulgurant, au point que la grillade des « mititei » est devenue un phénomène de société en Roumanie, synonyme de retour du beau temps, car le 1er mai et tous les jours suivants, les barbecues de « mititei » accompagnés de bière fleurissent partout dans les villes, les campagnes et les montagnes.

 

 

D’autres sources soutiennent l’hypothèse d’une origine bosniaque des « mititei » vu les similitudes avec le plat national bosniaque, les « ćevapi« (appelés aussi « ćevapčići »). Il faut dire que plusieurs plats bosniaques se ressemblent comme deux gouttes d’eau avec ceux cuisinés en Roumanie (Ex: la polenta ou certaines saucisses).

Néanmoins, la majeure partie des recettes de l’ex-Yougoslavie s’inspirent beaucoup de la cuisine turque. D’ailleurs, tout cela s’explique du fait que les deux pays étaient sous occupation ottomane, d’où la ressemblance de ces deux plats nationaux, le « mici » et les « ćevapčići », au « Adana kebab ».

Voici ci-dessous la recette que j’ai réalisée :


« Mititei », dits aussi « mici »


Catégorie: entrée ou suite, plat populaire roumain de viande grillée

Temps de préparation du jus de boeuf: 3h30′

Temps de marinade de la viande: 12h

Temps de repos des rouleaux de viande: 2h

Temps de cuisson: 10′


Ingrédients

Pour 20 à 25 pièces

  • 800 g viande de boeuf haché (idéalement faux filet et entrecôte)
  • 100 à 200 g de viande d’agneau

Bon à savoir: la version originale prévoit la même quantité de viande de porc prélevée dans l’échine (krouma) mixée avec 200 g de boeuf et d’agneau.

  • 8 g de poivre noir moulu finement
  • 10 g de thym sec moulu
  • 2 g de coriandre sec moulu (« tabel »)
  • 4 g de noix de muscade
  • 2 g de cumin
  • 1 g d’anis étoilé moulu
  • 8 g de bicarbonate de soude
  • 1 cuillère de jus de citron
  • 1 cuillère d’huile végétale
  • 1 tête d’ail blanc
  • 350 ml de jus de boeuf fait maison

Le jus de boeuf

  • Préparer un jus de boeuf à partir de 500 g d’os à moelle, 3 oignons, la moitié d’une tête d’ail coupé longitudinalement et 4 carottes en gros quartiers.
  • Bien colorer le tout au four pendant à peu près de 30 minutes à 200°C.
  • Déglacer avec de l’eau, puis disposer le tout dans une grande casserole.
  • Ajouter un double volume d’eau froide.
  • Porter à ébullition, puis incorporer le bouquet garni (thym, laurier, romarin, cèleri et poivre en graines).
  • Faire cuire pendant 3 heures, puis filtrer et réduire jusqu’à l’obtention de 350 ml de jus.

Les rouleaux de viande

  • Assaisonner la viande avec toutes les épices, ne pas saler.
  • Réserver au réfrigérateur.
  • Faire refroidir complètement le jus de boeuf, puis l’incorporer à la viande.
  • Bien malaxer le tout.
  • Laisser mariner pendant la nuit au réfrigérateur.
  • Goûter la viande, le lendemain, et au besoin rectifier l’assaisonnement en ajoutant du sel si nécessaire.
  • Former des rouleaux de viande larges de l’épaisseur de 2 doigts et long d’à peu près 6 à 7 centimètres.

Conseil du chef: il faut s’humecter les mains avec un peu d’eau avant de former les rouleaux de viande.

  • Réserver les rouleaux pendant 2 heures au réfrigérateur.
  • Les sortir 30 minutes avant de les griller.

La grillade

  • Griller les « mititei » au barbecue.

Conseil du chef: veuillez prendre soin de bien saisir les rouleaux de viande sans les brûler, tout en les cuisant à coeur, pour q’ils soient croquants de l’extérieur et juteux à l’intérieur (c’est-à-dire ayant une couleur rosée). Attention, il ne faut jamais démarrer une grillade à froid ni ajouter de l’huile sur les « mititei » pour éviter l’excès du gras.

 

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Les « mititei » sur le gril (Crédits photo: Foued FRINI – © Copyright mangeonsbien.com)

 

  • Accompagner de pain, moutarde et bière, avec ou sans alcool selon les préférences (avec modération cela va sans dire).

Poftă bună !


 

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