L’Aïd el-Kébir à Mahdia et le combat des oeufs: « Âark laâdham » !

Photo: Combo – DR


Par Moncef Bouchrara

À Mahdia, en Tunisie, il existait une tradition de l’Aïd el-Kébir que je ne me rappelle pas avoir vue ailleurs. Et je ne sais pas si elle est encore pratiquée. Dès le matin, des centaines d’enfants préparaient des œufs durs colorés et partaient avec vers la vieille ville à Borj Erras (Bouzerras) pour se retrouver sur « Errahba », une place très animée.

 

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Une ancienne carte postale montrant deux femmes mahdoises dans une ruelle de Borj Erras (Source: delcampe.net)

 

Et là, ils jouaient a un jeu : cogner l’œuf de l’un, verticalement, sur l’œuf de l’autre. Et bien entendu, celui dont l’œuf avait été cassé le perdait et ainsi de suite. À la fin de la journée, certains se retrouvaient avec des dizaines d’œufs a ramener en trophée à la maison et d’autres avaient perdu, parfois très vite, ceux qu’ils avaient apportés et étaient obliges d’en racheter d’autres chez des marchands qui étaient spécialement là en ce jour. Certains n’attendaient pas de rentrer a la maison pour manger leur butin, ce qui donnait lieu a des indigestions monstres, voire a des débuts d’étouffement (« Tabchima » : bourrage ).

 

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Cette tradition est aussi pratiquée lors des fêtes de Pâques en Grèce. (Source photo: pappaspost.com)

 

Je ne sais toujours pas d’où cette fête vient historiquement, un véritable rite, ni pourquoi elle a pris a Mahdia et pas ailleurs, ni même si elle est encore pratiquée. Je ne sais toujours pas ce qu’elle signifiait symboliquement. Réminiscences séculaires ou millénaires ?

On me dit que ce jeu là est pratiqué encore à l’occasion de la fête de Pâques dans un certain nombre de pays est-européens (la tradition de casser les oeufs rouges en Grèce-ndlr) qui étaient sous influence ottomane. Était-il peut être une forme de combat ? Mais un combat « soft », médiatisé a travers la fragile coquille calcaire des œufs. Dans tous les cas de figure, je souhaiterais demander un service a mes amis Mahdois.

 

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« Bab el-Bhar » à Borj Erras, Mahdia (Crédit photo: © Anis Kalai, artiste photographe)

 

Et bien que je ne sois plus un enfant, une forme de cadeau immatériel. Quelqu’un parmi les amis et les proches en ce moment présents à Mahdia pourrait il en prendre des photos svp ? Pourquoi ? Parce qu’à mes yeux, c’est cela qui rajouterait une singularité de plus à l’image de Mahdia et ses légendes, qui n’est pas seulement une belle plage. Mahdia est un continent de contes et de légendes fascinants pour tout enfant et tout adulte. De quoi les Mahdois sont-ils riches ? De cela plus que d’autre chose, peut-être. Et Chaque mètre carré de la Tunisie est aussi riche. Une richesse immatérielle immense.

Un des premiers films (un court métrage) de promotion touristique, juste après l’Indépendance a été « Les Anneaux d’Or » de René Vautier, voulu et financé par Le Ministère de l’Information de l’époque dirigé par Mohamed Masmoudi. Dans ce film, où la célèbre Claudia Cardinale avait démarré sa carrière…

 

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L’affiche et l’une des scènes de ce court métrage de René Vautier sorti dans les salles en 1956 (Source photos: IMDB.COM)

 

Aujourd’hui, je ne m’attends pas a ce qu’un responsable gouvernemental comprenne la valeur du patrimoine immatériel immense porte par tous les tunisiens. Ni le potentiel d’attraction touristique et la valeur stratégique de l’économie immatérielle et qui est loin de de se résumer aux NTIC.

Je ne m’attends pas a ce que les anciennes fortunes du tourisme tunisien bâti sur les 3 S (Sun, Sex and Sea) adoptent mes perspectives sur le Tourisme de l’Enchantement. Mais puis j’ose espérer que parmi les esprits nombreux que compte Mahdia, cette ville éclairée, une seule prenne la peine d’aller prendre une vidéo ou une photo de cette pratique et ce rite, si jamais encore, il survit…

 

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Borj Erras, Mahdia (Crédit photo: © Anis Kalai, artiste photographe)

 

À tous les amis de Mahdia à qui je dois de merveilleux et chaleureux moments de mon enfance. Et en souvenir de mon frère Si Hachemi Labaied, que j’ai perdu et qui repose dans un lieu chéri et irremplaçable. et tant d’autres qui sauront me pardonner l’impression que j’ai pu donner d’avoir oublié Mahdia. Je n’ai jamais oublié Mahdia.

M.B.


 

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