Le restaurant « Épicentre » (Nice) du talentueux chef trentenaire Sélim M’Nasri — originaire de la ville de Kasserine avec un point d’attache dans la cité capbonnaise, Soliman (Gouvernorat de Nabeul) — a remporté, lundi 16 mars 2026, au Grimaldi Forum, à Monaco, une étoile Michelin dans le célèbre guide Rouge, figurant ainsi sur la liste des 62 nouvelles macarons attribués cette année.
Soixante-deux nouvelles étoiles et la célébration du « terroir »: le Guide Michelin France a dévoilé lundi 16 mars, au Grimaldi Forum, à Monaco, son palmarès 2026 des meilleures tables françaises, en distinguant notamment l’écrin du chef tunisien au parcours très éclectique : Sélim M’Nasri.
Mariant avec maestria ses racines tunisiennes à la technicité française, le restaurant « Épicentre » (Nice) du jeune Sélim M’Nasri (34 ans en mai prochain) — originaire de la ville de Kasserine, avec un pied d’attache à Soliman (Gouvernorat de Nabeul), et natif de la ville de Nice — figure désormais parmi les 668 adresses étoilées du prestigieux guide Rouge.
Un « scarabée » dans la « Teamchok » de Marcel Ravin
Avec son look de voyageur, son chapeau style Indiana Jones et sa parfaite maîtrise de la langue Shakespeare, Sélim M’Nasri a toujours était un aventurier culinaire à mi-chemin entre l’esprit rebelle de son idole, le chef globe-trotter new-yorkais, Anthony Bourdain, et la discipline spartiate de son mentor, le chef doublement étoilé Marcel Ravin. C’est dans la « Teamchok » du célèbre cuisinier martiniquais et sa brigade de petits « scarabées », tout d’abord, dans le très actif service banquet du Monte-Carlo Bay Resort et le « Snacking du lagon », puis, dans le mythique restaurant gastronomique « Le Blue Bay » que le jeune M’Nasri a su gravir les échelons du métier et apprendre la roublardise des professionnels des métiers de bouches dans les rangs d’une grande maison de Monaco durant huit belles années.
Et sous la recommandation du chef Marcel Ravin, Sélim travailla et collabora, également, avec le très célèbre chef libanais Maroun Chedid, venu pour des dîners à quatre mains sur le Rocher, et c’est tout naturellement que son mentor lui demanda de l’accompagner à Beyrouth pour la semaine gastronomique monégasque au Pays du Cèdre (Liban).
Sa soif de découvrir les cuisines du monde poussa Sélim à changer d’air en quittant la principauté de Monaco et mettre le cap sur l’Asie, plus précisément à Singapour, ville-état qui le fascina pour sa mouvance et sa dynamique sur la scène gastronomique pour occuper son premier poste de Sous-chef au « Bam !», une table réputée par sa cuisine fusion hispano-japonaise sous la houlette du chef étoilé espagnol Pepe Moncayo. Très vite, ce dernier valida ses plats qui se retrouvent à la carte.
Malgré plusieurs propositions très alléchantes, notamment celle de Julien Royer, à Singapour, de faire partie de la nouvelle aventure gastronomique pour l’ouverture de son « Odette » au National Gallery, qui sera très vite triplement étoilée ou celle de Ronan Kervarrec (alors chef deux étoiles à la Chèvre d’Or) pour rejoindre les équipes du mythique établissement d’Èze-Village; après un passage éclair sur la Riviera en tant que Sous-chef dans les cuisines « Les Remparts et Côté Jardin », le jeune M’Nasri préfère l’appel du coeur en renouant avec l’univers gastronomique de son mentor Marcel Ravin… et ce malgré une séduisante offre pour devenir Chef de l’Hôtel Le Cagnard à Cagnes-sur-Mer dans le but de récupérer l’étoile perdue.
De retour auprès de son mentor, Sélim fourbit ses armes dans un premier temps — plusieurs mois — en Martinique, à son restaurant La Table de Marcel, en renfort des chefs sur place Geoffroy Szamburski et Lindley Lanappe, puis à Lyon afin d’épauler le chef Anthony Clorennec pour l’ouverture de sa nouvelle adresse « Le Grand Réfectoire au Grand-Hôtel-Dieu ».
Premier prix du concours Olivier Rollinger en 2018
En 2018, il remporta le premier prix dans la catégorie jeunes professionnels du prestigieux concours Olivier Roellinger, valorisant la préservation des ressources de la mer.
Après avoir tenté de travailler et d’apprendre auprès de la meilleure femme Chef du monde, Dominique Crenn (3 étoiles à San Francisco), puis roulé sa bosse dans la brigade du chef marseillais triplement étoilé, Alexandre Mazzia, sous la recommandation des frères Tourteaux (Flaveur, un restaurant 2 étoiles Michelin à Nice), Sélim se lança dans une aventure en solo avec l’aide financière de ses amis d’enfance à travers un restaurant racontant sa propre histoire. Pandémie du Covid-19 oblige, le projet n’a pas fait long feu. Après la période de confinement et suite à une demande, il devint « Private chef » (chef à domicile) aussi bien pour des hommes d’affaires et familles fortunées de la Côte d’Azur que pour des joueurs de foot réputés de la région, ce qui lui permet de mettre de l’argent de côté pour son restaurant et de voyager, notamment au pays du Soleil Levant (Japon).
C’est le 27 février 2025 qu’« Épicentre » ouvrit ses portes dans le quartier du port, aujourd’hui le plus étoilé de la ville de Nice, où la gastronomie vit intensément, pour offrir non seulement une atmosphère unique et immersive, mais aussi une plongée dans les épices de tous bords. Tiens, tiens ! Qui dit épices, dit le Cap Bon et par ricochet la cité de Soliman : le fief capbonnais de la famille M’Nsari et l’un des bastions de la culture andalouse en Tunisie.
« Une épice représente un plat. Le but c’est de réconcilier les gens avec ce côté épice car ça peut faire peur. Epicé c’est saveur, parfum, odeur. On ne fait pas une cuisine piquante mais épicée », explique Sélim M’Nasri sur le plateau radiophonique « Ici, ça compte » sur les ondes d’« Ici », initialement France Bleu (un réseau de 44 stations de radios généralistes française de service public à vocation régionale, NDLR) « 99% des produits du restaurant sont d’ici, en termes de fruits et de légumes. », ajoute-t-il.
Avec sa cuisine — « sur la route des épices » — imprégnée par les saveurs méditerranéennes, relevée par une touche tunisienne et marquée par des influences asiatiques; Sélim M’Nasri est le troisième chef tunisien gratifié par un macaron (étoile Michelin, NDLR) du Guide Rouge en France, après Bessem Ben Abdallah (Restaurant « Bessem », Mandelieu-la-Napoule) en 2024 et Youssef Marzouk (Restaurant « Aldéhyde », Paris) en 2025.
Désormais, la Tunisie compte trois Mousquetaires culinaires dans le panthéon de la gastronomie française pour ne pas dire le nec plus ultra de la restauration internationale haute gamme. Quelle fierté !
*Photo à la Une: Le Tunisien Sélim M’Nasri coiffé d’un chapeau (au centre) avec sa veste blanche décorée de sa fameux macaron, sur la scène avec deux autres chefs récompensés d’une première étoile, lors de la cérémonie du Guide Michelin France 2026, au Grimaldi Forum, à Monaco, le 16 mars. (Crédit: Jean François Ottonello / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP)


