« Ptitim » (פתיתים): quand les Israéliens plagiaient notre « mhamsa » à la demande de David Ben Gourion

Crédit photo: Anis KALAI – © Copyright mangeonsbien.com


Il suffit d’aller faire ses courses dans une grande surface en France ou bien aux États-Unis pour tomber sur des pâtes industrielles — une copie conforme de notre « mhamsa »* (محمصة, en dialecte tunisien), dite aussi « mhamas » (محمص, en dialecte tunisien) — commercialisées sous la dénomination de « couscous israélien » (Israeli couscous) ou « couscous perlé » (Pearl couscous) ou « couscous de Jérusalem » (Jerusalem couscous). Et oui, on ne vous raconte pas des salades.

 

Du « riz de Ben Gourion » au « couscous israélien »

 

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La « mhamsa » appelée « couscous israélien » en Occident (Crédit photo: alibaba.com)

 

En effet, dans l’État hébreux, notre « mhamsa » nationale est revendiquée comme un produit du terroir pour ne pas dire un symbole du patrimoine culinaire local. Et elle porte le nom de « ptitim » (פתיתים en hébreu), commercialisée sous l’étiquette de « couscous israélien », et initialement appelée « riz de Ben Gourion » (אורז בן-גוריון, en hébreu) en référence à l’homme politique sioniste et ancien Premier ministre d’Israël (de 1948 à 1953 et de 1955 à 1963), David Ben Gourion.

 

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Le « mhamas », dit aussi « mhamsa » (Crédit photo: Anis KALAI – © Copyright mangeonsbien.com)

 

Les « ptitim » ont fait leur première apparition pendant la tsena (צנע) — la période d’austérité entre 1949 et 1959 — comme substitut au riz (un aliment essentiel dans le régime alimentaire de beaucoup de colons juifs fraîchement débarqués dans la Palestine, après 1948 – Ndlr).

Ainsi, pour palier le manque de riz, le Premier ministre David Ben Gourion se tourna vers Ivgen Propper — l’un des sept fondateurs de la société Osem (אסם en hébreu) et le père de Dan Propper, qui est finalement devenu le PDG de l’entreprise — afin de produire en urgence un substitut à base de blé et bon marché. L’entreprise accepta le défi et développa les « ptitim »: des pâtes en forme de riz et cuits au four qu’ils ont baptisé « riz de Ben Gourion », selon le quotidien israélien Haaretz.

 

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L’homme politique sioniste et ex-Premier ministre israélien, David Ben Gourion (Crédit photo: LOOKLEX ENCYCLOPAEDIA)

 

Quand le succès commercial fut au rendez-vous, Osem s’inspira de notre « mhamsa » en produisant des « ptitim » en forme de petits plombs, qu’ils appelèrent « couscous israélien » en raison de sa ressemblance avec la forme de l’aliment berbère originaire de l’Afrique du Nord.

 

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Le soi-disant couscous israélien de l’entreprise Osem (Crédit photo: amazon.com)

 

Il faut dire que ce n’est pas la première fois que la cuisine israélienne (Israeli cuisine) s’approprie un mets tunisien. Notre « chakchouka » (شكشوكة) et notre salade tunisienne (سلاطة تونسية) sont désormais connues au pays de l’Oncle Sam et en Europe comme la « shakshuka israélienne » et la « salade israélienne ».

 

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La chakchouka de Pessah (Crédit photo: Zied BOUZID – © Copyright mangeonsbien.com)

 

Et le plagiat des Israéliens ne s’est pas limité sur le patrimoine culinaire tunisien. Les gastronomie des pays du Levant (Ex: la Palestine, le Liban et la Syrie) ont été dépossédées de plusieurs plats: le houmous, le taboulé, la kebbeh, le samboussek, les falafel, la tahiné ou la halva, la mezzé, le lebneh, la Knafeh, etc…

 

 

Manifestement, chez les Israéliens, on se casse pas trop la tête. On pique le patrimoine culinaire des autres nations (surtout ceux des pays arabes et voisins) en toute impunité. Et le tour est joué !

Il faut dire que dans les pays spoliés, la gastronomie est perçue comme un chapitre folklorique de la culture locale alors que sous d’autres cieux elle incarne un vecteur identitaire pour ne pas dire un « soft power » comme c’est la cas avec la diplomatie française et son opération « Goût de/Good France » ou son homologue transalpine avec la semaine de la cuisine italienne.

En revanche, chez nous, circulez, il n’y a rien à voir… Nos décideurs ont d’autres chats à fouetter !


*« mhamsa »* (محمصة, en dialecte tunisien), dite aussi « mhamas » (محمص, en dialecte tunisien): des pâtes ancestrale faisant partie du patrimoine culinaire tunisien. Elles sont préparées, généralement, de façon artisanale à partir de farine et exposées au soleil, séchées puis conservées. Avec l’industrialisation, la recette traditionnelle a été adopté par l’agroalimentaire et, depuis, elle est disponible sur les supermarchés et les magasins spécialisés.


 

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